Bébés : quand s’inquiéter du langage ? Les signaux à surveiller.

Un enfant qui ne parle pas à deux ans, ce n’est pas une anomalie en soi : c’est une réalité plus fréquente qu’on ne l’imagine, et parfois, il n’y a aucune raison de s’alarmer. Mais certains décalages, plus francs, persistent, et là, il faut ouvrir l’œil. L’acquisition du langage navigue à vue, entre surprises et inquiétudes, même au sein d’une même famille.

Le langage chez les bébés : repères et grandes étapes à connaître

Le développement du langage débute dès les premiers mois : avant même les premiers mots, un bébé s’essaie aux sons, ajuste ses vocalisations, s’imprègne du ton et de la musicalité des voix proches. Vers six mois, le babil s’installe, véritable terrain d’expérimentation sonore où se dessinent les prémices de la communication. Autour de dix à douze mois, certains enfants vont jusqu’à rattacher une syllabe entendue à une figure familière. C’est l’émergence de la compréhension précoce : « maman », « papa », autant de mots qui font sens, et sourire, dans le quotidien. À ce stade, l’enfant capte aussi des instructions simples. Mais le rythme de progression varie d’un enfant à l’autre, influencé par l’environnement, la qualité des échanges, la richesse des stimulations.

Pour mieux saisir ces étapes, voici les principales phases que traversent la plupart des enfants en matière de langage :

  • Entre 12 et 18 mois, le vocabulaire s’élargit peu à peu : quelques mots s’ajoutent à l’arsenal, parfois maladroits mais riches d’intentions.
  • Vers 18 à 24 mois, l’enfant commence à assembler des mots, à nommer ce qui l’entoure, à exprimer ses besoins et à raconter ses petites histoires.
  • À partir de 2 ans, la construction syntaxique s’amorce, le nombre de mots explose littéralement, la parole s’organise.

L’acquisition du langage n’emprunte jamais une trajectoire rectiligne. Certains enfants prendront leur temps, d’autres surprendront par leur aisance, sans que cela ne trahisse forcément une difficulté. Ce qui compte, c’est d’être attentif à l’évolution des compétences et à la variété des situations de communication dans lesquelles l’enfant s’implique. C’est là que se joue l’éveil du langage.

Quels signaux doivent vraiment alerter les parents ?

Certains comportements appellent à une attention particulière. Un retard de langage se manifeste d’abord par l’absence de babillage vers dix mois, ou par un silence qui persiste autour de dix-huit mois, alors que la plupart des enfants commencent déjà à associer des sons ou des mots. Si l’enfant évite le regard, ne répond pas à son prénom, ou semble imperméable aux sollicitations verbales, on ne parle pas nécessairement de trouble du langage, mais il ne faut pas banaliser ces indices.

Il y a aussi des gestes qui trahissent une difficulté : l’enfant ne pointe pas du doigt, n’imite pas les mimiques, ne cherche pas à communiquer d’une façon ou d’une autre. À deux ans, si l’enfant ne prononce aucun mot, ou n’essaie jamais de se faire comprendre, c’est un vrai signal. Le langage, c’est d’abord un outil d’échange. Le mutisme, le désintérêt total pour la communication, un détachement marqué : voilà des alertes à prendre au sérieux.

Voici les principaux signaux à surveiller pour repérer un vrai décalage :

  • Absence de babillage à 10 mois
  • Aucun mot prononcé à 18 mois
  • Pas d’association de deux mots à 2 ans
  • Pas de réaction aux sons ou à la voix connue
  • Difficulté à comprendre des consignes simples

L’exposition précoce et fréquente aux écrans fait aussi partie des facteurs à risque. Plusieurs recherches établissent un lien entre le temps passé devant la télévision ou la tablette et le retard de langage. Rien ne remplace la richesse des interactions, des jeux partagés et de la lecture à voix haute. Un environnement vivant et interactif reste ce qu’il y a de plus bénéfique pour le développement langagier.

Quand consulter un professionnel : situations à ne pas négliger

Face à un retard de langage qui s’installe ou à des comportements inhabituels, il ne faut pas attendre pour consulter. Certains signes, repérés très tôt, doivent conduire à une évaluation spécialisée : pas de mots à 18 mois, aucune association de deux mots vers deux ans, difficulté à comprendre des consignes simples, ou incapacité à imiter des sons. Si ces situations se répètent, deviennent handicapantes dans les relations avec les autres, il est temps d’en parler à un professionnel.

L’orthophoniste est la référence pour effectuer un bilan du développement du langage. Le médecin traitant ou le pédiatre peut orienter vers les spécialistes adaptés. Parfois, les difficultés de langage s’accompagnent d’autres particularités : troubles moteurs, isolement, comportements inhabituels. Dans ces cas, une approche pluridisciplinaire, psychomotricien, psychologue, neuropsychologue, permet d’éclairer la situation et d’envisager un accompagnement global.

Pour aider à repérer les situations où un accompagnement s’avère utile, voici les principaux motifs de consultation à retenir :

  • Retard avéré dans l’apparition du langage
  • Stagnation ou régression des acquisitions
  • Manque d’intérêt pour la communication
  • Comportements inhabituels : repli sur soi, agitation, difficultés à jouer avec les autres

Un dépistage précoce permet de mettre rapidement en place des interventions ciblées et d’améliorer la trajectoire scolaire de l’enfant. Les professionnels de santé disposent désormais d’outils précis pour repérer un trouble du langage ou un retard global et proposer un accompagnement sur mesure, en étroite collaboration avec la famille.

Jeune fille de 2 ans lors d’un examen médical chez le pédiatre

Des ressources utiles pour accompagner le développement du langage

Le choix de supports pour stimuler le langage des tout-petits s’est considérablement élargi ces dernières années. Livres colorés, comptines, jeux d’imitation : tout cela offre des occasions de nourrir l’éveil du langage. Dès la première année, les moments de lecture partagée enrichissent le vocabulaire. L’écoute attentive, la reformulation, le fait de nommer ce que l’enfant observe, de commenter ses gestes : chaque interaction compte, chaque mot partagé façonne sa manière de s’exprimer.

Certains lieux, comme les relais petite enfance ou les centres de PMI, organisent des ateliers pour accompagner les parents et prévenir les difficultés de langage. Les orthophonistes, quant à eux, partagent volontiers des guides pratiques pour encourager la stimulation langagière dans la vie de tous les jours. Les parents peuvent aussi se tourner vers des sites spécialisés, tels que la Fédération nationale des orthophonistes, où l’on trouve des conseils fiables et validés.

Voici quelques pistes concrètes pour encourager le développement du langage chez l’enfant :

  • Intégrer des jeux de sons, de rimes et de répétition pour renforcer la capacité à imiter et à manipuler les sons.
  • Éviter l’exposition aux écrans avant 3 ans, comme le recommandent systématiquement les spécialistes en prévention des difficultés de communication.
  • Privilégier les moments d’échange en famille, même lors des activités les plus simples.

Accéder à la bonne information, tisser des liens entre parents et professionnels, se former à la stimulation précoce : autant de leviers pour guider et soutenir le développement du langage, et offrir à chaque enfant la chance de trouver sa voix.

L'actu en direct